Partenariat agro-industriel

Agriculture

Contexte et enjeux

La Préfecture de Lobaye, au sud-ouest de la République Centrafricaine, dispose d'une des terres agricoles les plus fertiles du pays. Le manioc y est cultivé depuis des générations par des dizaines de milliers de petits producteurs. Il constitue la base alimentaire de la région et représente, à l'état brut, un produit à faible valeur marchande. Transformé en farine de haute qualité, en fécule ou en amidon industriel, ce même manioc accède à des marchés régionaux et internationaux avec des marges sans commune mesure.

Un fonds d'investissement à impact opérant en Afrique subsaharienne identifie cette filière comme une opportunité d'investissement répondant simultanément à ses objectifs de rentabilité et à son mandat de développement rural. Il envisage la création d'une unité de transformation semi-industrielle capable de traiter 15 000 tonnes de manioc par an, approvisionnée par un réseau de coopératives locales structurées dans le cadre d'un contrat d'agriculture contractuelle. La dimension politique du projet, son impact sur des milliers de petits producteurs impose une implication directe du Ministère de l'Agriculture. Horizon Conseil est mandaté pour conduire la due diligence et structurer le partenariat.

Les obstacles à surmonter

Ce projet présentait une complexité à trois niveaux que peu de cabinets auraient pu traiter simultanément.

Sur le plan institutionnel, le Ministère de l'Agriculture centrafricain conditionne son soutien formel à l'existence d'un cadre de bénéfices partagés garantissant que les producteurs locaux perçoivent une part substantielle de la valeur créée. Le fonds devait donc démontrer non seulement la viabilité économique de son modèle, mais aussi son alignement avec les priorités de politique agricole nationale en particulier le Plan Directeur de Développement Agricole 2022-2030.

Sur le plan opérationnel, les coopératives de producteurs de Lobaye sont dans un état d'organisation variable. Certaines sont structurées et disposent d'une personnalité juridique reconnue ; d'autres fonctionnent sur des bases informelles sans comptabilité ni gouvernance formalisée. La viabilité de l'approvisionnement en matière première dépend directement de la capacité à les amener à un niveau de structuration suffisant avant le lancement de l'unité de transformation, ce qui représente un chantier en soi.

Sur le plan foncier, l'implantation de l'unité de transformation nécessite un terrain d'une superficie d'environ 4 hectares à proximité d'un axe routier praticable. Dans la Préfecture de Lobaye, la question foncière est sensible : les terres sont souvent sous régime coutumier, et leur mobilisation pour un usage industriel requiert une consultation des autorités traditionnelles locales en plus des démarches administratives officielles.

Notre intervention

La mission a démarré par une due diligence approfondie conduite sur cinq semaines. Horizon Conseil a analysé le modèle économique du fonds en le confrontant aux réalités du marché centrafricain : coûts de collecte du manioc en zone rurale, capacités réelles des coopératives identifiées comme fournisseurs, état des pistes rurales entre les zones de production et le site envisagé, disponibilité et coût de la main-d'œuvre qualifiée pour les postes de transformation. Nous avons également réalisé une cartographie des risques spécifiques à ce type de projet : risques de sécurité dans certaines zones de la préfecture, risques de volatilité des prix agricoles, risques liés à la saisonnalité de la production.

Le diagnostic a conduit à une révision partielle du modèle initial du fonds : la capacité de transformation a été ramenée de 15 000 à 9 000 tonnes par an pour la phase 1, avec une montée en puissance progressive conditionnée à la structuration effective des coopératives. Cette recalibration, difficile à faire accepter au départ, s'est imposée comme une décision stratégique majeure pour la viabilité du projet.

La phase de structuration, en cours au moment de la rédaction de cette fiche, porte sur trois chantiers simultanés : la rédaction d'un protocole d'accord avec le Ministère de l'Agriculture définissant le cadre de soutien institutionnel et les mécanismes de suivi des bénéfices pour les producteurs ; la construction du schéma de l'agriculture contractuelle avec les coopératives, en collaboration avec une ONG spécialisée en développement rural sélectionnée par Horizon Conseil ; et la conduite des consultations foncières avec les autorités traditionnelles et les services du domaine de la Préfecture.

Résultats obtenus

À la semaine 18 de la mission, le protocole d'accord avec le Ministère de l'Agriculture est en phase de relecture finale avant signature. Huit coopératives ont été sélectionnées pour constituer le réseau d'approvisionnement initial, dont six ont déjà entamé leur processus de formalisation juridique. Le site foncier retenu a obtenu l'accord de principe des autorités traditionnelles locales. La convention de partenariat finale est attendue pour le troisième trimestre 2025.